Adulte, Fantastique, Fantasy, Lectures, Recueils, Science-Fiction

[Recueil] Jagannath

de Karin Tidbeck | Cheeky Frawg Books | 142 pages | New Weird | VO

4è de couv

A child is born in a tin can. A switchboard operator finds himself in hell. Three corpulent women float somewhere beyond time. Welcome to the weird world of Karin Tidbeck, the visionary Swedish author of literary sci-fi, speculative fiction, and mind-bending fantasy who has captivated readers around the world.
Originally published by the tiny press Cheeky Frawg — the passion project of Ann and Jeff VanderMeer — Jagannath has been celebrated by readers and critics alike, with rave reviews from major outlets and support from lauded peers like China Miéville and even Ursula K. Le Guin herself. These are stories in which fairies haunt quiet towns, and an immortal being discovers the nature of time — stories in which anything is possible.


Liste des nouvelles :

  • Beatrice
  • Some letters for Ove Lindström
  • Miss Nyberg and I
  • Rebecka
  • Herr Cederberg
  • Who is Arvid Pekon?
  • Brita’s Holiday Village
  • Reindeer Mountain
  • Cloudberry Jam
  • Pyret
  • Augusta Prima
  • Aunts
  • Jagannath

Mon avis

Karin Tidbeck est un⸱e auteur⸱e suédois⸱e de fantastique et de SF. Je l’ai repéré grâce à son roman Amatka (traduit chez La Volte). Et comme souvent, avant de me plonger dans plus de 200 pages de roman, j’aime découvrir mes auteur⸱es à travers des textes plus courts.

Que ce recueil ait été publié chez Cheeky Frawg, la mini maison d’édition d’Ann et Jeff VanderMeer (un des rois du New Weird), ne m’étonne pas du tout. On est dans de l’étrange qui oscille tantôt vers de la SF, tantôt vers de la Fantasy, tantôt vers une toute autre bestiole. Les histoires font très tranches de vie. On est au plus proche des personnages, dans leur intimité de tous le jours. Tout parait être d’une banalité ennuyeuse, sauf que pas du tout. Le bizarre est là et bien là. S’il peut faire sourire comme un tontu aperçu du coin de l’oeil, il nous laisse plus souvent un profond sentiment de malaise.

Je vais présenter succinctement les différentes nouvelles donc si vous souhaitez entrer dans l’univers de ce recueil sans aucun a priori (ce que je conseille toujours surtout sur des formats aussi courts), rendez-vous tout en bas. ⬇️😊

Beatrice nous raconte le coup de foudre d’un homme pour une machine, les conséquences que cela entraînent et toute la problématique de communication et de consentement. C’est une de celles qui m’ont le plus mise mal à l’aise, mais avec une vision des IA que je trouve pertinente.

Some letters for Ove Lindström est une série de lettres d’une jeune femme à son père décédé avec lequel elle avait coupé les ponts. Les lettres retracent leur histoire, celle de la communauté hippie dans laquelle elle a grandi et sa mère, femme mystérieuse sorti tout droit de la forêt.

Miss Nyberg and I est une de mes préférées car elle nous parle d’esprit des plantes et du foyer. Elle m’a beaucoup rappelé l’univers de la série animée Hilda avec ses tontus et ses elfes de maison 🥰. Beaucoup trop courte !

Rebecka est sans aucun doute celle qui m’a le plus dérangée et que j’ai relu plusieurs fois pour essayer de lui donner un sens (sans véritable succès). Il est question de croyance et de souffrance. Je ne souhaite vraiment pas en dire plus. La normalité du ton (qui caractérise l’ensemble du recueil) est ici particulièrement perturbante.

Pour Herr Cederberg, je citerai simplement ce passage : It was June, and the flowerbeds were full of giddy insects that every now and then buzzed over to Herr Cederberg to make sure he wasn’t a flower. 🐝

Who is Arvid Pekon? nous parle bureaucratie surréaliste et kafkaïenne. La nouvelle a d’ailleurs été adaptée en court-métrage par Patrik Eriksson : https://vimeo.com/57692096 .

Brita’s Holiday Village et Reindeer Mountain se ressemblent assez car il est question du poids d’un héritage familiale surnaturel et de sa transmission. La place laissée aux non-dits est ici très très pesante.

Cloudberry Jam nous parle du désir d’enfant d’une femme solitaire, vivant à l’écart de la société. Un enfant créé à partir de rien dans une boîte de conserve. Bizarrement, ce n’est pas la nouvelle la plus perturbante du lot.
Fun fact : la cloudberry malgré un nom très poétique (littéralement la baie-nuage) existe vraiment : la plaquebière. J’aimerai beaucoup goûter à sa confiture du coup… je suis certaine qu’elle a un petit goût amer.

La nouvelle Pyret est construite comme un article de Wikipedia avec comme sujet une créature du folklore nordique : le Pyret. Bien que très intéressante, c’est celle avec laquelle j’ai le moins adhéré. Le format et le ton encore plus froid et indifférent que le reste du recueil m’a totalement laissé sur le quai.

Augusta Prima et Aunts partage le même univers et la même « temporalité ». Le temps d’ailleurs y a une place prépondérante. Les deux histoires se croisent et se déroulent dans un jardin crépusculaire, dans l’entre-deux où les fées vivent un été éternel. Que se passerait-il si le Temps se faufilait dans un tel lieux ?

Enfin Jagannath est un récit post-apocalyptique très organique où le reste de l’humanité vit cloîtré et ignorant à l’intérieur du corps de Mère. Le rapport au corps et à son fonctionnement, la place de chacun dans cette grande machinerie font partie des grands thèmes abordés ici.

Dire que ce recueil est étrange serait un euphémisme 😅. On sent bien la culture nordique avec un ton assez détaché et rude, mais suffisamment chaleureux pour me garder accrocher. Je ne cache pas que j’aurai aimé plus de folklore et que je vais oublier un certains nombres de ces nouvelles assez rapidement. Cependant, j’ai vraiment apprécié le goût très particulier de cet univers, un mélange subtile de nostalgie et d’amertume. Ou comme le qualifie très justement Karin Tidbeck iel-même : svårmod, un état mélancolique que l’on peut traduire par sourire à travers nos larmes. C’est donc avec un plaisir amer que je me plongerai dans Amatka.

8 réflexions au sujet de “[Recueil] Jagannath”

  1. Oh, c’est joli le « svårmod ».
    Bon, je reste plus motivé par « Amatka », ce qui tombe bien vu que lui est traduit. Du coup je compte sur toi pour me rappeler prochainement qu’il faut vraiment que je m’y mette ? ^^
    (instant remarque inutile : tiens, y’a beaucoup de noms propres dans les titres des nouvelles)

    Aimé par 1 personne

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