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Les Poisons de Katharz

d’Audrey Alwett | ed. ActuSf | Fantasy | 432 pages

VENENUM SUMUS

À Katharz, ville-prison dans laquelle sont expédiés les criminels, le meurtre est légal et même récompensé. Ténia Harsnik, la dirigeante, y règne par la terreur et aime jouer de la guillotine. Non qu’elle soit cruelle, mais il lui faut coûte que coûte maintenir le nombre d’habitants sous le seuil des cent mille âmes. Le dépasser conduirait hélas à la fin du monde, et ça serait désagréable. Bien entendu, les enjeux sont secrets. Bien entendu, le marchand de sortilèges Sinus Maverick prépare un coup d’État infaillible. Bien entendu, le Prince Alastor a planifié de raser la ville avec sa trop nombreuse armée. Bien entendu, Dame Carasse, la seule sorcière capable d’affronter ce chaos, vient de ficher le camp. Bien entendu… 

Une intrigue puissante, des personnages dotés de défauts affreusement humains, un final épique… Avec un humour féroce, Les Poisons de Katharz est un roman qui pose la question du compromis moral.

Voilà un livre qui se dévore avec bon appétit et bonne humeur ! Les Poisons de Katharz est le 1er roman d’Audrey Alwett qui avait déjà fait ses premières armes dans la BD (Princesse Sara). Dès les premières phrases, j’ai tout de suite sentie l’influence de Terry Pratchett (confirmé par l’autrice à la fin de l’ouvrage). On y retrouve les bons ingrédients de mon précieux Good Omens : de l’humour au 2è/3è/…./100è degré, des personnages qui ne se prennent pas sérieusement au sérieux, une Apocalypse, des anges, un démon et une très jolie plume qui, elle, n’appartient qu’à l’autrice.

« Il y eut un soir, et il y eut un matin. Le démon Sälbeth, qui estoit le dernier de sa race à cause de ce qu’il dormait pendant la Guerre Céleste, se leva et eut faim. Alors, il mit à feu et à sang la Terre d’Airain, dévorant sur son passage les humains, les troupeaux et les petits enfants. Et il vit que cela était bel et bon, surtout les moutons.« 

Au-delà de l’hommage à Pratchett (entant que fan j’apprécie énormément), c’est un excellent roman pour peu qu’on aime sa Fantasy avec beaucoup d’humour et parodiée avec talent. Le pire dans tout ça, c’est que l’histoire est plutôt sombre et trash. Mais c’est raconté avec tellement de légèreté et de second degré que ça passe tout seul.

« C’était typique des pauvres. On ne leur donnait aucune éducation, on les affamait pour les empêcher de réfléchir, et malgré ça, y en avait toujours qui trouvaient le moyen de se faire pousser un cerveau »

Et cette sorcière, on en parle ? Dame Carasse, la sorcière attitrée de cette cité-prison, marraine de la despote en place, et un des personnages clef de l’histoire. Je suis désolée, je vais encore faire allusion à Pratchett mais, promis, c’est la dernière fois! Si vous connaissez le Disquemonde et l’arc des sorcières, vous connaissez mon personnage préféré de la vie : Mémé Ciredutemps, la plus puissante sorcière du Disque mais faut pas l’dire (mais vaut mieux s’en rappeler). Avec un tel bagage (et en ayant lu le dernier livre de Pratchett), vous comprendrez bien que la Dame Carasse, je l’aime d’amour. Ce n’est pas Mémé Ciredutemps, ni une pâle copie (je l’ai dis, Audrey Alwett a son écriture bien à elle, et ses perso ne font pas exception). C’est « juste » un excellent personnage que j’ai immédiatement adoré (coup de foudre!). Une sorcière comme je les aime : pragmatique, puissante, futée et terriblement humaine.

« Cet apprenti était un con. Un con premier de sa promotion, mais un con tout de même.« 

« — Puisque je vous dis que je ne fais pas dans le viol ! dit Dame Carasse. Et deux fumerolles agacées jaillirent de ses narines.
Le soldat fut désarçonné.

— Le viol ? Mais non, ce n’est pas ça du tout… Je veux juste un philtre d’amour ! Pour qu’elle m’aime, vous voyez ?
— Essayez la séduction, c’est largement aussi efficace.
— Je n’ai aucune chance ! Elle a quinze ans, elle est sublime ! Ses yeux sont bleus comme des myrtilles, sa bouche est une cerise au cœur de l’été, sa peau est d’une douceur de pêche…
— Si vous voulez juste vous taper une salade de fruits, ça peut s’arranger.
« 

C’est d’ailleurs très difficile de détester un personnage dans ce livre… tant ils sont, justement, humains, imparfaits, persuadés d’être dans le bon/mauvais camps, pris dans leur script (ça c’est ce qu’on attend de moi donc je fais ça) mais si attachants et drôles.

Ténia Harsnik, descendante de la lignée des tyrans de Katharz, totalement décomplexée, badass, élevée pour tuer et déjouer tous les complots afin de sauver les Terres d’Airain, quitte à passer pour la méchante de service.

Le sénateur Mâton l’Ancien de Malicorne, rusé, ambitieux, retors à faire pâlir Cercei Lannister. Il va tout mettre un oeuvre pour obtenir plus de pouvoir : vendre sa nièce, droguer des licornes, tuer un alchimiste ou deux, déclencher une guerre…

Sinus Maverick, sorcier raté mais homme d’affaire accompli, créateur (marque déposée) du bonbon, qui aimerai bien que Ténia arrête de tuer le commerce… tout court, quitte à être calife à la place du calife (si on insiste).

Et je peux continuer ! Que ce soient des personnages principaux ou secondaires, Audrey Alwett a su leur donner de l’épaisseur et du croquant.

Vous l’aurez compris, j’ai adoré ma lecture et je suis très heureuse de cette belle découverte ! Le 2è livre d’Audrey Alwett ( Magic Charly ) est déjà dans ma PàL et je vous en reparle bientôt. En attendant, foncez !

« En rouge et noir, elle semait la peur, elle faisait croître des montagnes de douleur. En rouge et noir, elle arrachait les coeurs, en échange de rêves de terreur… »


Lettre A du challenge ABC – check!


Ons en parlent mieux que moi

4 réflexions au sujet de “Les Poisons de Katharz”

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