Adulte, Fantasy, Lectures, Oneshots

Gagner la guerre

de Jean-Philippe Jaworski | ed. Moutons Electriques | 943 pages

4è de couv

Au bout de dix heures de combat, quand j’ai vu la flotte du Chah flamber d’un bout à l’autre de l’horizon, je me suis dit : « Benvenuto, mon fagot, t’as encore tiré tes os d’un rude merdier ». Sous le commandement de mon patron, le podestat Leonide Ducatore, les galères de la République de Ciudalia venaient d’écraser les escadres du Sublime Souverain de Ressine. La victoire était arrachée, et je croyais que le gros de la tourmente était passé. Je me gourais sévère. Gagner une guerre, c’est bien joli, mais quand il faut partager le butin entre les vainqueurs, et quand ces triomphateurs sont des nobles pourris d’orgueil et d’ambition, le coup de grâce infligé à l’ennemi n’est qu’un amuse-gueule. C’est la curée qui commence. On en vient à regretter les bonnes vieilles batailles rangées et les tueries codifiées selon l’art militaire. Désormais, pour rafler le pactole, c’est au sein de la famille qu’on sort les couteaux. Et il se trouve que les couteaux, justement, c’est plutôt mon rayon…

Jean-Philippe Jaworski, né en 1969, est l’auteur de deux jeux de rôle : Tiers Âge et Te Deum pour un massacre. La fureur des batailles, la fougue épique et l’humour noir sont au rendez-vous de cette deuxième plongée tumultueuse et captivante dans les « Récits du vieux royaume » : après Janua Vera, le retour très attendu de Don Benvenuto !

Mon avis

Je suis loin d’être une fan de roman de guerre. Les descriptions sur des pages et des pages de siège, de manœuvres militaires, de batailles enflammées m’ennuient prodigieusement. C’est une des raisons pour lesquelles je me suis longtemps tenue à l’écart de l’oeuvre de Jaworski et de ce roman-ci en particulier. Gagner la guerre… tout est dans le titre.
Oui mais voilà, entretemps j’ai lu Le Sentiment du fer puis Janua Vera, deux recueils de nouvelles prenant place dans le même monde que Gagner la guerre dont l’une d’entre elle introduit Benvenuto Gesufal, le « héros » du roman. J’ai adoré cette nouvelle (Mauvaise donne), le personnage et le réseau d’intrigues politiques qui se profilaient derrière lui. J’étais sous le charme. Le sortilège était assez puissant pour m’embarquer dans un roman de guerre et d’intrigues géopolitiques de plus de 900 pages ! Et je ne regrette rien.

J’ai déjà évoqué ce que je pensais de la plume de Jarowski et je n’en démords pas. À lui seul, le style du monsieur ne justifie pas mon engouement. C’est plutôt une subtile alchimie entre des personnages merveilleusement bien travaillé (même ceux croisés 5 mn derrière une porte, c’est un régal !), un jeu d’intrigues passionnant et un monde qui me ravit depuis que j’y ai mis les pieds.

Le Vieux Royaume est un univers médiéval imaginaire reflétant le nôtre avec une sorte de mixte de république romaine et renaissance italienne pour la cité-état de Ciudalia, une sorte d’empire ottoman avec le royaume de Ressine et son Chah, et un patchwork de royaumes celtisants (l’Ouromagne, la Marche franche, le duché de Bromael…). Tout ce petit monde se faisant joyeusement la guerre depuis la nuit des temps. Ajoutez à ça, de la magie, quelques elfes et nains, des touches de surnaturel qui ajoutent de la profondeur et de la saveur. J’aime énormément cet univers, son histoire, les forces politiques en jeu. Je ne peux que vous encourager à lire les deux recueils de nouvelles déjà mentionnés afin de prolonger votre ballade et en apprendre plus sur l’histoire du Vieux Royaume et de ses habitants. D’ailleurs en parlant de magie, je l’ai trouvé très bien développé et documenté avec la haute, la basse et la vive ( + toutes ses applications : la magie des miroirs, la nécromancie, etc…). C’est vraiment quelque chose que j’ai apprécié : tout est solidement bâti dans cet univers et ça se ressent dans l’intrigue.

Le roman en lui-même est bien rythmé, avec quelques temps morts histoire de reprendre son souffle (je n’ai pas été affectée par la longue pause de Bourg-Preux mais ça n’a pas été le cas de tout le monde). L’ensemble peut souffrir de beaucoup de descriptions et d’envolées lyriques mais dans ce cas précis, cela ne m’a pas exaspéré. Au contraire, toutes ces descriptions très poétiques (notamment sur la beauté sordide de Ciudalia, la cité portuaire où une bonne partie de l’intrigue va prendre place) ont été les bienvenues, facilitant mon immersion. D’ailleurs, tout dans ce roman, la cité, les personnages me rappellent l’Ankh-Morpork de Pratchett. Cette étrange familiarité a certainement ajouté à mon plaisir de lecture.

Comme beaucoup je pense, j’ai adoré et détesté Don Benvenuto. Cette crapule, maître-espion, tueur à gage à la solde du Podestat Leonide Ducatore (dirigeant de Ciudalia et bien décidé à le rester) est notre hôte et guide tout le long du récit. L’histoire est entièrement contée de son point de vue à la manière d’une confession (le comble). Le bonhomme est détestable, amorale, bourré d’humour noir et il va s’en prendre plein la tronche du début jusqu’à la fin (j’avoue qu’à un moment donné, je me suis posée de sérieuses questions sur sa tolérance à la douleur et sur l’acharnement de l’auteur). Mais je me suis indubitablement attachée même si j’ai souvent hurlé face aux positionnements que l’auteur lui donnait vis-à-vis de la gente féminine. À lui et à d’autres d’ailleurs, ce roman est loin d’être féministe en plus d’être violent.

D’ailleurs j’aurai peut-être dû commencer par ça, c’est de la Dark Fantasy (en couple avec de la Fantasy Historique et de Cape et d’Epée) donc le Don nous plonge dans un univers sombre, cruel, violent, pourrit jusqu’à la moelle. La magnifique Ciudalia dans son écrin d’eaux turquoises pue la fange et l’auteur ne se prive pas pour nous en faire profiter. Âme sensible s’abstenir. Sérieusement.

En conclusion, j’ai adoré et je suis la première surprise. Je n’ai pas vu le temps passé, je me suis régalée du style, des (més)aventures de Benvenuto, des intrigues de haute voltige du Podestat et de toute la galerie pittoresque que nous sert ce roman épique. Il ne manquerai plus que je me lance dans la saga des Rois du Monde … … Nan ! Je rigole 😂 👀. Bref, je recommande cette lecture en particulier et tous les récits du Vieux Royaume en général. Un régal !


D’autres avis :

10 réflexions au sujet de “Gagner la guerre”

    1. Ah super ! 😀 Je te souhaite une très bonne lecture alors ^^. Et si tu veux avoir un bon aperçu de ce qui t’attend à moindre frais, je recommande fortement de lire la nouvelle « Mauvaise donne » qui se trouve dans le recueil « Janua Vera ». Les principaux perso y sont avec le style et l’ambiance générale.

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  1. C’est fou, je n’ai gardé en souvenir que la gouaille de Benvenuto mais absolument pas la violence – alors que je n’en raffole clairement pas – ça m’étonne à chaque fois que je vois quelqu’un parler de ça, j’ai l’impression de n’avoir pas lu le même livre. ^^ Mais quel livre, ça c’est certain.

    Aimé par 1 personne

    1. Je pense que la fameuse gouaille et le style de l’auteur arrivent à faire passer cet aspect-là sans qu’on s’en rende vraiment compte. 🙂

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  2. J’avais pas été à 100% emballée par ma lecture, j’avais eu beaucoup de mal avec Benvenuto. Mais adoré l’écriture. Par contre le schmilblick éditorial autour des Rois du Monde m’a complètement fait décrocher de l’auteur. Faudrait que je reprenne maintenant que tout est sorti mais pas trop le courage là.

    Aimé par 1 personne

    1. Je comprends complètement ! Tu es sûre que tout est terminé du côté des Rois du Monde ? Il manque une branche non ? Mais ouais, c’est le bordel et comme la Fantasy Historique celtisante c’est pas trop mon truc actuellement, je passe aussi :D.

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